L’histoire de l’Église catholique compte, en marge de la succession pontificale reconnue par Rome, plusieurs personnalités qui ont contesté l’autorité du Saint-Siège et revendiqué pour elles-mêmes le titre de pape. Ces figures, souvent qualifiées d’antipapes ou de dirigeants de mouvements schismatiques, ont créé des structures religieuses indépendantes et parfois adopté un nom pontifical.
1. Michel Collin, le Français devenu « Clément XV »
Né en 1905 à Béchy, en France, Michel Auguste Marie Collin est ordonné prêtre en 1933. Son parcours sacerdotal est toutefois rapidement marqué par des difficultés avec la hiérarchie catholique.
En 1951, l’Église catholique le réduit à l’état laïc, lui reprochant notamment la propagation de doctrines erronées, de fausses révélations et une révolte ouverte contre le Saint-Siège.
Installé à Clémery, en Meurthe-et-Moselle, il établit dans une ferme ce qu’il baptise le « Petit Vatican ». Après la mort du pape Jean XXIII, il s’autoproclame pape sous le nom de Clément XV.
Il développe alors une organisation religieuse indépendante et affirme disposer d’une mission particulière pour l’Église. Il meurt en 1974 à Clémery, sans avoir officiellement désigné de successeur.
2. Jean-Gaston Tremblay, le prétendant canadien
Au Canada, Jean-Gaston Tremblay s’inscrit dans la continuité de cette mouvance religieuse marginale. Il revendique le titre pontifical sous le nom de Grégoire XVII et prend la tête des « Apôtres de l’amour infini ».
Son parcours est lié à l’héritage revendiqué de Michel Collin. Son mouvement développe une organisation religieuse distincte de l’Église catholique romaine et entretient la croyance en une succession pontificale parallèle.
La trajectoire de Tremblay illustre ainsi la manière dont certaines communautés issues de mouvements schismatiques ont poursuivi leur existence après la disparition de leur fondateur.
3. Clemente Domínguez, le « pape » d’El Palmar de Troya
En Espagne, Clemente Domínguez y Gómez devient l’une des figures les plus connues du mouvement d’El Palmar de Troya, en Andalousie.
Le mouvement prend son essor autour de prétendues apparitions mariales. Domínguez est consacré évêque en 1976 par l’archevêque vietnamien Ngô Đình Thục, lui-même en rupture avec Rome.
En 1978, Clemente Domínguez affirme avoir reçu une mission divine et revendique le titre de pape sous le nom de Grégoire XVII. Il dirige alors l’Église catholique palmarienne jusqu’à sa mort en 2005.
Après lui, cette communauté poursuit son existence avec sa propre hiérarchie et ses propres dirigeants, toujours sans reconnaissance de l’Église catholique romaine.
4. Lucian Pulvermacher, « Pie XIII » aux États-Unis
Aux États-Unis, Lucian Pulvermacher, ancien religieux capucin, devient une figure du courant sédévacantiste et traditionaliste radical.
Ordonné prêtre en 1946, il finit par rompre avec les structures officielles de l’Église catholique. En 1998, il est choisi par un petit groupe de fidèles comme chef d’une communauté se présentant comme une Église catholique indépendante.
Il adopte alors le nom de Pie XIII, revendiquant ainsi la fonction pontificale. Il conserve cette position jusqu’à sa mort en 2009.
Comme les autres prétendants évoqués dans cet article, son pontificat n’est pas reconnu par l’Église catholique romaine.
5. D’autres prétendants dans l’ombre de Rome
Michel Collin, Jean-Gaston Tremblay, Clemente Domínguez et Lucian Pulvermacher ne constituent pas des cas isolés.
D’autres personnalités ont également revendiqué, à différentes périodes, une autorité pontificale en dehors de la succession reconnue par Rome. Parmi elles figurent notamment Gino Frediani, Francis Konrad Schuckardt, David Bawden, qui prit le nom de Michel Ier, et Victor von Pentz, connu sous le nom de Linus II.
Leurs parcours diffèrent par leurs motivations, leurs doctrines et l’importance de leurs communautés. Ils présentent toutefois un point commun : la contestation de la légitimité de l’autorité pontificale reconnue par l’Église catholique et la volonté d'établir une structure religieuse alternative.
6. Des « pontificats » sans reconnaissance de Rome
Ces différents épisodes doivent être replacés dans leur contexte historique et religieux. Les personnes citées ont revendiqué le titre de pape, mais l’Église catholique romaine ne les reconnaît pas comme successeurs légitimes de l’apôtre Pierre.
Leurs mouvements sont donc demeurés en marge de l’institution catholique officielle. Certains ont néanmoins survécu à leurs fondateurs et continuent, dans des proportions variables, à entretenir la mémoire de ces prétendants.
De Michel Collin à ses successeurs autoproclamés, cette histoire révèle ainsi l’existence de courants religieux dissidents ayant tenté, à différentes époques, de créer une succession pontificale parallèle à celle reconnue par Rome.

