Opinion

Les grandes figures de l’épiscopat ivoirien: dix-sept vies au service de l’Église catholique en Côte d’Ivoire

Gbaka Timothée ·25 août 202621 min
Les grandes figures de l’épiscopat ivoirien: dix-sept vies au service de l’Église catholique en Côte d’Ivoire

Dossier/ L’histoire de l’Église catholique en Côte d’Ivoire ne se résume pas à l’arrivée des premiers missionnaires ni à la construction des premières paroisses. Elle est aussi celle d’hommes et de femmes qui, au fil des générations, ont permis à une Église d’abord largement portée par des missionnaires étrangers de devenir progressivement une Église locale, enracinée dans la société ivoirienne et conduite par ses propres pasteurs.

Parmi ces acteurs, les évêques et archevêques ivoiriens occupent une place particulière. Ils ont accompagné la naissance des diocèses, organisé les structures pastorales, encouragé les vocations, développé les séminaires, soutenu l’éducation et les œuvres sociales, et contribué au dialogue entre les différentes composantes de la société.

De Bernard Yago, premier archevêque ivoirien d’Abidjan et premier cardinal du pays, à une génération plus récente représentée notamment par Marie-Daniel Dadiet, Antoine Koné et Paulin Kouabénan N’Gnamé, leurs parcours racontent plus d’un demi-siècle de maturation de l’Église catholique en Côte d’Ivoire.

Voici dix-sept figures dont les destins constituent autant de pages de cette histoire.

Cardinal Bernard Yago (1916-1997) : le pionnier de l’épiscopat ivoirien

Né en juillet 1916 à Pass, Bernard Yago appartient à la première génération de prêtres ivoiriens appelés à prendre progressivement la responsabilité de l’Église locale. Il est ordonné prêtre le 1er mai 1947 après sa formation au Petit Séminaire de Bingerville et poursuit ensuite des études à l’Institut catholique de Paris.

Le 5 avril 1960, quelques mois avant l’indépendance de la Côte d’Ivoire, il est nommé archevêque d’Abidjan. Il devient ainsi le premier archevêque ivoirien de la capitale économique et prend la direction de l’Église d’Abidjan à un moment où le pays entre dans une nouvelle étape de son histoire.

Pendant plus de trois décennies, il accompagne la transformation de l’Église ivoirienne. Son ministère est marqué par la formation du clergé, le développement des structures éducatives et pastorales et l’encouragement des vocations sacerdotales et religieuses.

Son action ne se limite cependant pas à la vie interne de l’Église. Il s’intéresse également aux questions sociales et à l’avenir de la nation. Il encourage la création d’œuvres consacrées à l’éducation, à la formation professionnelle, à la santé et à la promotion humaine.

En 1983, le pape Jean-Paul II le crée cardinal. Bernard Yago devient ainsi le premier cardinal ivoirien. Il demeure archevêque d’Abidjan jusqu’en 1994, avant de prendre sa retraite. Il meurt le 5 octobre 1997 à Abidjan.

Son héritage est considérable. Il a accompagné les premières années de l’indépendance et contribué à faire passer l’Église catholique ivoirienne d’une période dominée par les missionnaires à une étape où les prêtres et évêques ivoiriens prennent progressivement la direction de leurs propres communautés.

Mgr Eugène Abissa Kwaku (1927-1978) : le premier évêque d’Abengourou

Né en 1927 à Koun-Abronso, Eugène Abissa Kwaku est ordonné prêtre le 20 décembre 1956. Le 13 septembre 1963, il est nommé premier évêque d’Abengourou et devient, après Bernard Yago, le deuxième évêque autochtone de Côte d’Ivoire. Il reçoit l’ordination épiscopale le 24 novembre 1963.

Son arrivée à Abengourou intervient à une période décisive de l’histoire de l’Église ivoirienne. Les diocèses commencent progressivement à être confiés à des pasteurs issus du clergé local. Mgr Abissa Kwaku doit donc à la fois poursuivre le travail missionnaire entrepris avant lui et donner à la jeune Église d’Abengourou une organisation adaptée à son avenir.

Il travaille au développement des communautés chrétiennes, à la création et à la consolidation des paroisses et à la formation des fidèles. Son nom reste notamment associé à la paroisse Sacré-Cœur de Koun-Abronso, dans son village natal.

Son épiscopat est malheureusement interrompu très tôt. Il meurt le 10 août 1978, à seulement 51 ans. Son passage à la tête d’Abengourou aura cependant ouvert une longue histoire épiscopale dans cette partie de la Côte d’Ivoire.

Mgr Laurent Yapi (1937-1980) : un pionnier disparu trop tôt

Né en 1937 à Memni, Laurent Yapi appartient lui aussi à cette génération de prêtres ivoiriens qui accèdent rapidement aux responsabilités dans l’Église après l’indépendance.

Ordonné prêtre le 21 décembre 1963, il est nommé en 1970 évêque auxiliaire d’Abidjan et évêque titulaire de Capsus. Il reçoit l’ordination épiscopale le 25 octobre 1970. Il devient ainsi l’un des premiers évêques ivoiriens de la période postindépendance.

En janvier 1979, le pape Jean-Paul II le nomme évêque d’Abengourou. Il succède à Mgr Eugène Abissa Kwaku et prend la direction d’un diocèse encore jeune, qui doit poursuivre son implantation pastorale et la formation de son clergé.

Son ministère à Abengourou sera malheureusement extrêmement bref. Laurent Yapi meurt le 17 août 1980, à seulement 42 ans.

Sa disparition prématurée marque profondément l’Église ivoirienne. Elle intervient alors que le pays dispose encore de peu d’évêques autochtones. Son parcours demeure ainsi le témoignage d’une génération appelée très tôt à prendre ses responsabilités dans l’Église locale.

Mgr Noël Kokora Tékry (1922-2001) : le bâtisseur de l’Église à Gagnoa

Né le 8 mars 1922 à Fresco, Noël Kokora Tékry appartient à la toute première génération des prêtres ivoiriens. Son père, Édouard, fut le premier catéchiste de Fresco. Après ses études au Petit Séminaire de Bingerville, il poursuit sa formation au Grand Séminaire de Koumi, en Haute-Volta. Il est ordonné prêtre le 9 janvier 1949 à Daloa.

Son premier ministère est fortement lié à l’éducation. Il est notamment vicaire et directeur de l’école primaire catholique de Soubré, puis participe à la formation des jeunes séminaristes.

Le 11 mars 1971, le pape Paul VI le nomme évêque de Gagnoa. Il reçoit l’ordination épiscopale le 30 mai 1971. Il dirige le diocèse pendant plus de vingt ans, avant d’être nommé archevêque lorsque Gagnoa est élevé au rang d’archidiocèse en 1994.

Son long ministère contribue à la structuration de l’Église dans le centre-ouest ivoirien. Il accompagne la création et le développement des communautés chrétiennes, la formation du clergé et l’implantation de nouvelles œuvres pastorales.

Retiré en 2001, il meurt le 9 août de la même année à Lourdes, en France, à l’âge de 79 ans.

Mgr Noël Kokora Tékry reste l’une des figures majeures de la première génération de l’épiscopat ivoirien.

Mgr Pierre-Marie Coty (1927-2020) : un évêque au service de l’Église et de la nation

Né le 22 novembre 1927 à Anyama, Pierre-Marie Coty est ordonné prêtre le 19 juillet 1955 au Petit Séminaire Saint-Augustin de Bingerville.

Le 20 novembre 1975, le pape Paul VI le nomme évêque de Daloa. Il reçoit l’ordination épiscopale le 4 janvier 1976 et devient le premier évêque ivoirien du diocèse. Il restera à sa tête jusqu’à sa retraite en 2005.

Son épiscopat est marqué par la consolidation de l’Église dans le centre-ouest du pays. Il accompagne le développement des paroisses, la formation des prêtres et la construction des structures nécessaires à la vie diocésaine.

Mais Pierre-Marie Coty occupe également une place particulière dans l’histoire culturelle de la Côte d’Ivoire. Il est l’auteur des paroles de « L’Abidjanaise », l’hymne national ivoirien, dont la musique fut composée par l’abbé Pierre-Michel Pango.

Après près de cinquante ans comme évêque de Daloa, il devient évêque émérite. Il meurt à Abidjan le 17 juillet 2020, à l’âge de 93 ans.

Son parcours illustre particulièrement bien la rencontre entre vocation sacerdotale, responsabilité ecclésiale et engagement dans la construction de la nation.

Mgr Jean-Marie Kélétigui (1932-2010) : un pasteur au service du diocèse de Katiola

Né le 12 mai 1932 à Gnénankaha, Jean-Marie Kélétigui est ordonné prêtre le 2 juillet 1960.

Le 7 juillet 1977, il est nommé évêque de Katiola. Il reçoit l’ordination épiscopale le 30 octobre de la même année et prend la responsabilité d’un diocèse particulièrement important dans le nord de la Côte d’Ivoire.

Son épiscopat s’inscrit dans le processus d’africanisation et de prise en charge progressive de l’Église par le clergé ivoirien. Pendant vingt-cinq ans, il accompagne la vie des paroisses, le développement des communautés chrétiennes et la formation des prêtres et des fidèles.

Il renonce à sa charge en 2002 et devient évêque émérite de Katiola. Il meurt le 31 août 2010.

Sa longue présence à Katiola en fait l’une des figures importantes de la consolidation de l’Église catholique dans le nord du pays.

Mgr Joseph Akichi (1933-1993) : le premier évêque de Grand-Bassam

Né en 1933 à Memni, Joseph Akichi est ordonné prêtre le 25 mars 1963. Le 8 juin 1982, il est nommé premier évêque du nouveau diocèse de Grand-Bassam. Il reçoit l’ordination épiscopale le 18 septembre 1982.

La création du diocèse de Grand-Bassam répond à la nécessité de mieux organiser l’Église dans une région en pleine croissance. Joseph Akichi doit donc mettre en place les premières structures d’un diocèse nouvellement créé et accompagner les communautés chrétiennes dans leur développement.

Son ministère est consacré à la consolidation de la vie paroissiale, à la formation des fidèles et au développement des œuvres pastorales et sociales.

Il meurt le 5 avril 1993, après un peu plus de dix années d’épiscopat.

Premier évêque de Grand-Bassam, il demeure associé aux fondations de cette Église diocésaine.

Mgr Alexandre Kouassi (1934-1994) : le premier évêque de Bondoukou

Né en 1934 à Tankessé, Alexandre Kouassi est ordonné prêtre le 21 juillet 1961.

Le 28 août 1987, le pape Jean-Paul II le nomme premier évêque de Bondoukou, diocèse nouvellement créé. Il reçoit l’ordination épiscopale le 10 janvier 1988.

Son ministère consiste en grande partie à donner une organisation pastorale à cette nouvelle circonscription ecclésiastique. Il accompagne la création de nouvelles communautés et de nouvelles paroisses dans une région caractérisée par une grande diversité culturelle et religieuse.

La croissance de Bondoukou nécessite alors une présence pastorale plus importante. Mgr Kouassi s’emploie à rapprocher l’Église des populations et à structurer les communautés chrétiennes.

Il meurt le 16 décembre 1994, après près de sept années d’épiscopat.

Il laisse derrière lui les fondations d’un diocèse dont le développement sera poursuivi par ses successeurs, notamment Mgr Félix Kouadjo.

Mgr Bruno Kouamé (1927-2021) : une longue fidélité à Abengourou

Né le 16 décembre 1927 à Anoumaba, Bruno Kouamé entre au Petit Séminaire de Bingerville en 1943 et poursuit sa formation philosophique et théologique au séminaire de Ouidah, au Bénin. Il est ordonné prêtre le 8 juillet 1956.

Son ministère sacerdotal est fortement marqué par la formation. De 1956 à 1959, il exerce à Bouaké, puis fonde en 1959 le séminaire diocésain de Bouaké, qu’il dirige pendant dix ans. Il poursuit ensuite des études de théologie à Paris et exerce diverses responsabilités dans le diocèse de Bouaké.

Le 26 mars 1981, le pape Jean-Paul II le nomme évêque d’Abengourou. Il reçoit l’ordination épiscopale le 31 mai 1981. Il devient ainsi le troisième évêque du diocèse après Eugène Abissa Kwaku et Laurent Yapi.

Son épiscopat, qui dure plus de vingt-deux ans, permet au diocèse de connaître une période de stabilité et de consolidation. Il poursuit le développement des paroisses, accompagne la formation du clergé et encourage les vocations.

Il prend sa retraite en 2003 et devient évêque émérite. Il meurt le 17 mai 2021 à Bouaké, dans sa 94e année.

Mgr Laurent Akran Mandjo (1940-2020) : le fondateur pastoral du diocèse de Yopougon

Né le 5 novembre 1940 à Songon, Laurent Akran Mandjo est ordonné prêtre le 11 juillet 1971. Il exerce d’abord son ministère à Memni puis au Plateau. Entre 1978 et 1982, il poursuit des études de droit canonique à l’Université pontificale urbanienne de Rome, où il obtient un doctorat.

En 1982, le diocèse de Yopougon est créé. Le pape Jean-Paul II choisit Laurent Akran Mandjo pour en être le premier évêque. Il reçoit l’ordination épiscopale le 18 septembre 1982.

Il se trouve alors à la tête d’un territoire urbain en pleine expansion. Son ministère est marqué par la création et le développement de paroisses, la formation du clergé et des laïcs, ainsi que par l’accueil de nouvelles communautés religieuses et de nouvelles œuvres pastorales.

Sa devise, « Servir et non être servi », résume une conception du ministère épiscopal fondée sur le service.

Il préside également la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire de 2002 à 2008. Il se retire en 2015 et meurt à Abidjan le 25 août 2020.

Son nom demeure indissociable de l’histoire du diocèse de Yopougon, dont il fut le premier évêque pendant plus de trente ans.

Cardinal Bernard Agré (1926-2014) : « Être tout à tous »

Né le 2 mars 1926 à Monga, Bernard Agré est ordonné prêtre le 20 juillet 1953. Il poursuit ensuite des études à Rome et obtient un doctorat à l’Université pontificale urbanienne.

En 1968, il devient évêque de Man. En 1992, il est nommé premier évêque de Yamoussoukro. Deux ans plus tard, en 1994, il succède au cardinal Bernard Yago comme archevêque d’Abidjan.

Son ministère est marqué par la formation, l’organisation des structures ecclésiales et l’attention aux défis de la société ivoirienne. Il prend part aux grands débats concernant la paix, la justice et le rôle de l’Église dans la nation.

En 2001, le pape Jean-Paul II le crée cardinal. Il devient ainsi le deuxième cardinal de l’histoire de la Côte d’Ivoire, après Bernard Yago.

Sa devise épiscopale, « Être tout à tous », résume l’idéal pastoral qui a marqué son ministère.

Il prend sa retraite en 2006 et meurt à Paris le 9 juin 2014.

Mgr Barthélémy Djabla (1936-2008) : de San Pedro à Gagnoa

Né en 1936 à Mahibouo, Barthélémy Djabla est ordonné prêtre le 15 mars 1964.

Le 7 janvier 1990, il devient le premier évêque du diocèse de San Pedro. Il doit alors accompagner une Église locale encore jeune, dans une région du sud-ouest ivoirien en plein développement.

Pendant son ministère à San Pedro, il travaille à la structuration des communautés chrétiennes, au développement des paroisses et à la formation des fidèles et du clergé.

En 2006, il est nommé archevêque de Gagnoa. Il prend ainsi la tête d’un archidiocèse chargé d’une longue histoire ecclésiale.

Son ministère à Gagnoa sera cependant très bref. Il meurt le 15 septembre 2008 à Abidjan, à l’âge de 72 ans.

Mgr Vital Komenan Yao (1938-2006) : le pasteur de Bouaké et l’artisan du dialogue

Né en 1938 à Koffiyaokro, Vital Komenan Yao est ordonné prêtre le 19 décembre 1964. Le 17 mai 1973, il est nommé évêque de Bouaké et reçoit l’ordination épiscopale le 29 juillet de la même année.

Pendant plus de vingt ans, il accompagne le développement pastoral de l’Église de Bouaké. Son action s’inscrit dans une période où le diocèse connaît une croissance importante de ses communautés, de ses paroisses et de ses œuvres.

En 1994, Bouaké est élevé au rang d’archidiocèse et Vital Komenan Yao en devient le premier archevêque métropolitain.

Son ministère est particulièrement associé au dialogue, à la paix et à la cohésion sociale. Dans une Côte d’Ivoire traversée par des tensions, il insiste sur la nécessité de favoriser la rencontre entre les différentes communautés religieuses et sociales.

Il meurt le 23 septembre 2006 et est inhumé dans la cathédrale Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus de Bouaké.

Mgr Félix Kouadjo (1939-2012) : un long ministère à Bondoukou

Né en 1939 à Binao-Boussoué, Félix Kouadjo devient le deuxième évêque du diocèse de Bondoukou. Il est nommé par le pape Jean-Paul II en 1996 et reçoit l’ordination épiscopale la même année.

Il succède à Mgr Alexandre Kouassi, premier évêque de Bondoukou. Son ministère s’inscrit donc dans la continuité de la structuration d’une Église diocésaine encore relativement jeune.

Pendant près de seize ans, il accompagne la croissance des communautés chrétiennes du nord-est ivoirien. Son épiscopat est marqué par le développement des paroisses, la formation du clergé et l’augmentation progressive du nombre de prêtres originaires du diocèse.

Mgr Félix Kouadjo meurt le 6 mai 2012 à Bondoukou.

Mgr Antoine Koné (1963-2019) : un pasteur intellectuel au service du Nord

Né en 1963, Antoine Koné appartient à une génération plus récente de prêtres et d’évêques ivoiriens. Sa formation l’amène notamment au Petit Séminaire Saint-Jean de Katiola, puis dans les grands séminaires de Côte d’Ivoire.

Il poursuit des études théologiques approfondies et obtient un doctorat en théologie dogmatique. Son parcours associe ainsi formation intellectuelle, enseignement et ministère pastoral.

Nommé évêque d’Odienné en 2009 par le pape Benoît XVI, il devient une figure importante de l’Église dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire.

Son ministère est marqué par la formation, la réflexion théologique et l’attention aux questions sociales. Il participe également aux responsabilités de la Conférence épiscopale et s’exprime régulièrement sur les enjeux touchant à la vie de la nation.

Mgr Antoine Koné meurt en 2019, laissant le souvenir d’un pasteur dont le ministère associait la profondeur intellectuelle à l’engagement pastoral.

Mgr Marie-Daniel Dadiet (1952-2023) : un pasteur au service de la paix

Né le 9 septembre 1952 à Bolilié, Marie-Daniel Dadiet est ordonné prêtre le 8 juillet 1979. Son ministère sacerdotal est marqué par la pastorale, l’enseignement et la formation.

En 1998, le pape Jean-Paul II le nomme évêque auxiliaire de Korhogo et évêque titulaire de Sitipa. Il devient ensuite évêque de Katiola en 2002, puis archevêque de Korhogo en 2004.

À la tête de l’Église dans le nord de la Côte d’Ivoire, il exerce son ministère dans un contexte marqué par la diversité culturelle et religieuse. Il accorde une attention particulière à la formation, à la cohésion sociale, au dialogue et à la paix.

Son épiscopat est également marqué par les années de crise que traverse la Côte d’Ivoire. Dans ce contexte, l’Église cherche à contribuer au rapprochement des populations et à la reconstruction du tissu social.

Le pape François accepte sa renonciation en 2017. Mgr Dadiet meurt le 2 octobre 2023, à Paris, à l’âge de 71 ans.

Mgr Paulin Kouabénan N’Gnamé (1962-2008) : une vocation interrompue trop tôt

Né le 12 mai 1962 à Mérékou, Paulin Kouabénan N’Gnamé appartient à une génération beaucoup plus jeune du clergé ivoirien. Il effectue ses études secondaires au Petit Séminaire de Bouaké, puis poursuit sa formation philosophique et théologique au séminaire d’Anyama.

Il est ordonné prêtre en 1989 dans le diocèse de Bondoukou. Après plusieurs années de ministère paroissial, il est envoyé à Rome pour poursuivre des études de droit canonique. Il obtient en 1997 un doctorat à l’Université pontificale urbanienne.

De retour en Côte d’Ivoire, il enseigne au séminaire d’Anyama et devient ensuite vicaire général du diocèse de Bondoukou.

En 2007, le pape Benoît XVI le nomme évêque de San Pedro. Il reçoit l’ordination épiscopale et commence ainsi un ministère qui devait s’inscrire dans la durée.

Mais son épiscopat est tragiquement interrompu. Il meurt le 21 mars 2008, après seulement quelques mois à la tête du diocèse. Il n’avait que 45 ans.

Sa disparition constitue une lourde perte pour l’Église ivoirienne. Elle prive celle-ci d’un pasteur jeune, doté d’une solide formation théologique et canonique et appelé à exercer des responsabilités importantes dans l’Église du pays.

Dix-sept parcours, une même histoire

Ces dix-sept hommes appartiennent à des générations différentes. Certains ont connu les dernières années de la période coloniale ; d’autres ont exercé leur ministère pendant les premières décennies de l’indépendance ; les plus jeunes ont accompagné une Côte d’Ivoire confrontée aux transformations sociales, économiques, politiques et religieuses de la fin du XXe et du début du XXIe siècle.

Pourtant, leurs parcours racontent une histoire commune.

Bernard Yago représente le commencement de l’épiscopat ivoirien et la prise de responsabilité de l’Église locale. Eugène Abissa Kwaku et Laurent Yapi incarnent les premières étapes de l’implantation d’un épiscopat autochtone dans le diocèse d’Abengourou. Noël Kokora Tékry contribue pendant plusieurs décennies à la consolidation de l’Église à Gagnoa.

Pierre-Marie Coty illustre la rencontre entre ministère pastoral et culture nationale. Son nom est définitivement associé à l’histoire de l’Église mais aussi à celle de la République à travers les paroles de L’Abidjanaise. Jean-Marie Kélétigui accompagne la maturation de l’Église dans le nord, tandis que Joseph Akichi et Alexandre Kouassi posent les fondations des nouveaux diocèses de Grand-Bassam et de Bondoukou.

Bruno Kouamé, après les disparitions prématurées de ses deux prédécesseurs à Abengourou, assure une longue période de stabilité et de développement. Laurent Akran Mandjo construit et accompagne pendant plus de trente ans le diocèse de Yopougon. Bernard Agré, devenu cardinal, porte le témoignage de l’Église ivoirienne jusqu’au cœur de l’Église universelle.

Barthélémy Djabla accompagne successivement l’Église de San Pedro et celle de Gagnoa. Vital Komenan Yao fait de Bouaké un important centre de la vie catholique et s’engage dans le dialogue et la recherche de la paix. Félix Kouadjo poursuit l’œuvre de structuration du diocèse de Bondoukou.

Avec Antoine Koné et Marie-Daniel Dadiet, une nouvelle génération d’évêques apparaît, caractérisée par une solide formation intellectuelle, une ouverture aux questions sociales et une attention particulière à la paix et à la cohésion nationale. Paulin Kouabénan N’Gnamé, malgré la brièveté tragique de son épiscopat, représente également cette génération montante.

Un héritage qui dépasse les diocèses

L’héritage de ces pasteurs ne se mesure pas uniquement aux années passées à la tête d’un diocèse.

Il se retrouve dans les paroisses, les séminaires, les écoles, les centres de formation, les œuvres sociales, les mouvements de laïcs, les congrégations religieuses, les vocations sacerdotales et religieuses et toutes les communautés chrétiennes qui ont grandi sous leur responsabilité.

Il se retrouve également dans la manière dont l’Église catholique s’est progressivement inscrite dans la vie de la nation.

Ces évêques ont dû répondre à des questions qui dépassaient largement les frontières de l’Église : l’éducation, la santé, la pauvreté, la formation de la jeunesse, la justice, la paix, le dialogue interreligieux, la réconciliation et la promotion de la dignité humaine.

Leur histoire est donc aussi celle d’une institution qui a progressivement appris à parler depuis la réalité ivoirienne et à participer à la construction de la société.

De l’Église missionnaire à l’Église ivoirienne

L’un des traits les plus importants de cette histoire est le passage progressif d’une Église principalement animée par des missionnaires étrangers à une Église locale conduite par des pasteurs ivoiriens.

Bernard Yago constitue une figure fondatrice de cette transition. Eugène Abissa Kwaku, Laurent Yapi, Noël Kokora Tékry et leurs contemporains poursuivent cette évolution. Les générations suivantes — Pierre-Marie Coty, Jean-Marie Kélétigui, Joseph Akichi, Alexandre Kouassi, Bruno Kouamé, Laurent Akran Mandjo et Bernard Agré — donnent à cette Église une structure de plus en plus solide.

Puis viennent des pasteurs comme Barthélémy Djabla, Vital Komenan Yao, Félix Kouadjo, Antoine Koné, Marie-Daniel Dadiet et Paulin Kouabénan N’Gnamé, qui inscrivent cette œuvre dans une Côte d’Ivoire devenue profondément différente de celle des premiers missionnaires.

Cette évolution ne signifie évidemment pas une rupture avec l’Église universelle. Au contraire, elle manifeste l’un des principes fondamentaux de la vie de l’Église catholique : une même foi pouvant s’enraciner dans des cultures et des peuples différents.

Une mémoire à transmettre

Aujourd’hui, les visages de ces dix-sept évêques constituent plus que des souvenirs photographiques. Ils représentent une mémoire collective.

Derrière chaque portrait se trouvent des années de prière, de formation, de déplacements, de rencontres, de décisions pastorales et parfois de grandes épreuves. Certains ont vécu jusqu’à un âge avancé ; d’autres ont disparu prématurément, parfois alors que leur ministère ne faisait que commencer.

Tous ont cependant participé, chacun à son époque et selon ses charismes, à une même œuvre : faire grandir l’Église catholique en Côte d’Ivoire.

Leurs noms restent attachés à des lieux précis — Abidjan, Abengourou, Gagnoa, Daloa, Katiola, Grand-Bassam, Bondoukou, Yopougon, Man, Yamoussoukro, Bouaké, San Pedro, Korhogo et Odienné — mais leur héritage dépasse largement les frontières de ces diocèses.

Ils ont contribué à former des générations de prêtres, de religieux, de religieuses et de laïcs. Ils ont accompagné les familles chrétiennes. Ils ont ouvert des chemins pour la jeunesse. Ils ont participé aux efforts de paix et de réconciliation. Ils ont défendu la place de l’éducation et de la formation dans le développement humain.

Leur histoire rappelle enfin que l’Église ne se construit pas seulement par ses bâtiments ou ses institutions. Elle se construit surtout par des personnes qui acceptent de consacrer leur vie au service de Dieu et de leurs frères.

Du cardinal Bernard Yago, pionnier de l’épiscopat ivoirien, à Paulin Kouabénan N’Gnamé, dont le jeune ministère fut brutalement interrompu, ces dix-sept parcours dessinent une vaste fresque de l’histoire contemporaine de l’Église catholique en Côte d’Ivoire.

Eugène Abissa Kwaku, Laurent Yapi, Noël Kokora Tékry, Pierre-Marie Coty, Jean-Marie Kélétigui, Joseph Akichi, Alexandre Kouassi, Bruno Kouamé, Laurent Akran Mandjo, Bernard Agré, Barthélémy Djabla, Vital Komenan Yao, Félix Kouadjo, Antoine Koné, Marie-Daniel Dadiet et Paulin Kouabénan N’Gnamé ont, chacun à leur manière, prolongé l’œuvre commencée par la première génération de pasteurs ivoiriens.

Leurs itinéraires sont différents, leurs diocèses ne sont pas les mêmes et leurs personnalités étaient singulières. Mais une même conviction traverse leurs vies : servir l’Église, former les générations futures et annoncer l’Évangile au cœur de la société ivoirienne.

Leur héritage se trouve aujourd’hui dans les communautés qu’ils ont accompagnées, dans les vocations qu’ils ont suscitées, dans les institutions qu’ils ont contribué à bâtir et dans la mémoire de ceux qui les ont connus.

Ainsi s’écrit l’histoire d’une Église qui, en quelques générations, est passée d’une présence essentiellement missionnaire à une Église profondément enracinée dans son peuple, portée par ses propres pasteurs, tout en demeurant pleinement unie à l’Église universelle.

Dix-sept vies, dix-sept destins, mais une seule histoire : celle de la maturation de l’Église catholique en Côte d’Ivoire.

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