Opinion

Côte d’Ivoire /Orpaillage illegal :  Babel Bled, les trous de la honte qui dévorent l’avenir

Hamanieninfo.net·27 août 20263 min
Côte d’Ivoire /Orpaillage illegal :  Babel Bled, les trous de la honte qui dévorent l’avenir

Dans sa chronique « Babel : les trous de la honte », Prof. Jean‑Francis Alger Ekoungoun dénonce sans détour la collusion généralisée autour de l’orpaillage clandestin.


À travers le témoignage d’un ancien orpailleur et une série d’images fortes, l’auteur met en lumière la responsabilité des autorités et l’ampleur des dégâts environnementaux et sociaux. 

Augias : qui sont les véritables propriétaires des trous ?

La chronique s’ouvre sur la métaphore d’Augias pour désigner ceux qui transforment le patrimoine national en butin privé. Le récit de Zabré, orpailleur venu du Burkina Faso, constitue le pivot du texte : là où, ailleurs, des agents résistent à la corruption, dans Babel Bled chaque échelon administratif a son « trou ».Maire, gendarmerie, sous‑préfet et chacun y puise sa part. Ekoungoun utilise ce témoignage pour faire basculer l’argumentation du constat vers l’accusation .L’orpaillage clandestin n’est pas l’œuvre de seuls délinquants isolés, mais d’un système d’exploitation organisé et toléré par l’administration. Par une écriture cinglante, l’auteur montre comment les corps habillés ont échangé leur rôle protecteur contre un rôle de comptables du terrain, comment les autorités politiques gèrent le partage des gisements comme on répartit un gâteau, et comment même les autorités coutumières ont troqué rites et libations contre dividendes de tranchées. Le recours répété à l’image des trous, des cratères et du partage rend visible l’évidence que beaucoup voudraient occulter : les vrais responsables dorment dans des villas, pas sur le sol des sites pollués.

Quand la communication remplace la gouvernance : simulacres et dégâts irréversibles

Ekoungoun passe ensuite de la dénonciation morale aux conséquences tangibles : spectacles médiatiques, destructions temporaires, et hypocrisie institutionnelle. Les opérations de communication: brûler deux motopompes devant des caméras, organiser des campagnes de sensibilisation accompagnées de pick‑ups tonitruants , sont présentées comme des pantomimes destinées à masquer la continuité du pillage. Pendant que l’État met en scène des gestes symboliques, les pelleteuses reprennent le travail à la nuit tombée. L’auteur insiste sur l’impact écologique et économique : rivières transformées en bouillie contaminée, forêts rasées et plantations de cacao sacrifiées sur l’autel de la recherche d’or, terres livrées à des cratères qui menacent la survie des écosystèmes et des communautés. Cette dégradation n’est pas seulement matérielle ; elle est intergénérationnelle. En privilégiant la défense des intérêts immédiats des « Augias », l’administration compromet la possibilité même d’un avenir pour les populations locales. 

Prof Jean Francis- Alger Ekoungoun montre que la lutte contre l’orpaillage clandestin ne peut se limiter à des opérations médiatiques ou à des arrestations symboliques .Elle exige l’identification et la poursuite des véritables décideurs et bénéficiaires, y compris ceux qui protègent ces réseaux depuis leurs résidences confortables.

La chronique se conclut par un appel net et sans concession : aller chercher les Augias, les attraper jusque dans la tiédeur de leur lit si nécessaire, et arrêter de nettoyer les écuries avec une brosse à dents. Tant que les élites et les services de l’État continueront de confondre gestion publique et partage privé des ressources, les trous de Babel Bled avaleront non seulement l’or, mais l’avenir de tout un peuple. Il est temps de remplacer les simulations de justice par des actes de responsabilité réels, sous peine de voir un territoire entier disparaître sous des cratères que personne n’osera ensuite réparer.

François M’BRA II

   


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