Adeba Konan présente « Blai Ouflê » et sonne la charge contre certains cadres baoulé
Le 15 août 2026, à Abidjan, l’artiste tradi-moderne baoulé , Allangba Konan Serge Pacôme, connu sous le nom de scène Adeba Konan ou « le Rossignol », a officiellement présenté son quatrième album, Blai Ouflê (Nouvel horizon), lors d’un cocktail de presse. Composé de 13 titres et produit par la maison Overflow dirigée par le zouglouman, Lunic, le disque marque une étape importante dans la carrière de l’artiste, présent sur la scène depuis 2006 et auteur d’un premier succès en 2008. Avec Overflow, Adeba prévoit une tournée européenne, qui débutera en France, et une série de spectacles dans dix villes ivoiriennes pour célébrer ses 20 ans de carrière, avec un concert final au Parc des expositions d’Abidjan.
Un titre au cœur des débats
Parmi les morceaux phares de l’album, « Tonton » a rapidement attiré l’attention pour son propos frontal. Dans cette chanson, Adeba Konan critique vivement le comportement de certains cadres baoulé oncles et aînés , qu’il accuse d’exiger respect et services de la part des plus jeunes sans rendre la pareille. À travers des scènes quotidiennes , le neveu préparant la soupe de cabri pour les visiteurs de la famille, cirant les chaussures, lavant la voiture , le texte questionne la valeur donnée au diplôme et au travail intellectuel, et pointe une logique de statut où l’autorité traditionnelle ne s’accompagne pas toujours d’un engagement solidaire.
Le chanteur met en relation ces comportements et le retard socio-économique de certaines localités. Il cite nommément plusieurs localités baoulé (Raviar, Kocoumbo, Didievi, Molonoublé, Sakassou...etc ). Il suggère que l’immobilisme et le manque de modernisation de certaines zones peuvent être liés à l’attitude des cadres locaux. Le refrain et les images du titre soulignent la tension entre respect des aînés , valeur culturelle , besoin de réciprocité et d’action solidaire pour le développement.
Réactions contrastées sur le terrain
Les réactions dans les localités baoulé sont mitigées. À Sakassou, une jeune cadre interrogé par notre rédaction, a salué l’audace de l’artiste tout en appelant au dialogue : « Adeba soulève une réalité que nous connaissons trop bien. Il faut que nos aînés comprennent que le respect ne doit pas être unilatéral ; l’entraide doit être réelle. Mais ces questions se règlent par la discussion, pas par l’insulte. » a indiqué Liliane Kouassi, ingénieure agronome, fille de Sakassou
À Bouaké, Ernest Kouadio, commerçant et membre d’une association locale, a exprimé des réserves sur le ton employé : « Ce que dit la chanson n’est pas entièrement faux, mais pointer du doigt des personnes ou des villages précis risque d’envenimer les choses. Nous devons plutôt encourager des initiatives de solidarité et de formation. » a t-il souligné.
Enfin à Yamoussoukro, Jean-Baptiste N’Guessan, cadre d’entreprise originaire de Molonoublé , a pris la défense d’Adeba : « La chanson dérange parce qu’elle met le doigt là où ça fait mal. Nous devons accepter la critique et nous améliorer. C’est en nous remettant en question que nos localités avanceront. » a t-il défendu
Musique engagée et thèmes sociaux
Blai Ouflê n’est pas seulement une série de critiques sociales. L’album, arrangé par Petit Stephano et Alino (congolais), aborde plusieurs thèmes de société , en autres la lutte contre les violences conjugales, l’entraide familiale, le respect des aînés et la lutte contre la pauvreté. Adeba conjugue sonorités traditionnelles baoulé et arrangements contemporains pour porter des messages citoyens tout en restant ancré dans le terroir musical. L’objectif affiché par l’artiste est clair : faire connaître les sonorités baoulé à l’international tout en traitant des réalités locales.
Avec la maison Overflow, Lunic promet d’accompagner la carrière d’Adeba via une tournée européenne et une large couverture de la commémoration de ses 20 ans de carrière sur le territoire national. Ces projets devraient donner une visibilité accrue à « Blai Ouflê et amplifier les discussions lancées par les textes, en particulier « Tonton ». L’accueil du public, tant en Côte d’Ivoire qu’à l’étranger, sera un indicateur de la capacité de l’artiste à transformer une parole engagée en impulsion culturelle et, éventuellement, en actions locales concrètes.
François M'BRA II
