Imagine. Toi qui aimes les livres, tu en as partout. Tu les achètes pour leur titre, leur couverture, une phrase qui t’a accroché… ou simplement parce qu’on t’en a dit du bien. Et pourtant, depuis quelques jours, tu les abandonnes. Quatre déjà. Avant même la page 10. Tu commences. Tu fais un effort. Puis quelque chose décroche. Tu regardes le livre posé devant toi et tu penses : « Bon… ce n’est peut-être pas pour moi. » Et tu le refermes.
Avec Netflix, c’est pareil. Tu cherches pendant vingt minutes. Tu trouves enfin un film qui semble prometteur. Tu regardes dix minutes. Tu t’ennuies. Alors tu changes.
Et je me demande si, parfois, on ne fait pas exactement la même chose avec les gens. Avec l’amour.
On rencontre quelqu’un. Au début, tout est facile. On veut se voir, se toucher, s’embrasser. On découvre son corps. On apprend ses habitudes, ses petits défauts, la façon dont il ou elle aime être regardé. Le sexe est nouveau, alors tout paraît intense. Puis le temps passe. On connaît son corps. On connaît ses silences. On sait comment l’autre dort, comment il s’énerve, comment il vous embrasse quand il est heureux.
Et forcément, le désir change. Il devient moins pressé, parfois moins spectaculaire. Mais il peut devenir plus profond. C’est là que certains paniquent. Ils confondent le feu avec la chaleur. Ils regrettent les débuts : les messages à deux heures du matin, l’attente fébrile d’un rendez-vous, cette impression délicieuse que l’autre est encore un territoire à explorer.
Alors ils partent. Ils changent de partenaire comme on change de série : avec l’espoir naïf que le prochain sera forcément meilleur.
Et puis ils recommencent. Même excitation. Même découverte. Même sexe. Même dopamine. Jusqu’au jour où, de nouveau, l’autre devient familier.
Et là, nouveau drame : « Je ne ressens plus la même chose. » Évidemment. Au début, tu ne connais pas encore la personne. Tu es amoureux de la découverte. Après, tu dois aimer la personne. Et c’est beaucoup moins pratique.
Peut-être qu’on abandonne trop vite les livres, les films, les gens.
Livre suivant. Film suivant. Personne suivante. On veut tout, tout de suite. Alors on finit avec une drôle de vie : beaucoup de débuts, très peu de suites et presque aucune fin.
À force de changer de livre dès la page 10, on finit même par avoir une bibliothèque pleine…
ET PAS UNE SEULE HISTOIRE TERMINEE.

