Il est né à Lubefu, Sankuru,
Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, enfant du Congo belge.
Un fils bercé par les tambours et les voix,
Un héritier des pleurs de sa mère, Maman Nyondo,
Pleureuse professionnelle, gardienne des veillées funèbres.
Elle pleurait, elle chantait, elle portait le deuil des autres,
Et dans ses lamentations, son fils entendait des mélodies.
Il l’accompagnait aux veillées, il écoutait ses vocalises,
Et son cœur s’imprégnait de cette musique des âmes.
De ses pleurs, il a appris la cadence,
De son souffle, il a hérité la puissance.
Et lui, il portait une voix de cristal,
Clair-obscur, douce et magistrale.
Une voix qui caresse, une voix qui s’élève,
Une voix qui console, une voix qui rêve.
Une voix née des pleurs, transformée en lumière,
Une voix qui venait du cœur, pour toucher la terre entière.
Kinshasa l’appelle, les ruelles bruissent de musique,
Le jeune Jules devient Papa Wemba,
Un surnom qui s’impose, un nom qui s’élève,
Un titre de respect, une voix qui s’embrase.
Molokaï, son village mythique,
Temple des sapeurs, royaume des élégants.
Là, il bâtit un style, une loi, une vision,
La SAPE comme drapeau, la liberté comme mission.
Puis vient Zaïko Langa Langa,
Première école de la rumba moderne,
Et bientôt Viva la Musica,
Un orchestre de feu, une génération en révolution.
Ce n’était pas seulement son groupe,
C’était une école, une pépinière, une maison.
De ses rangs sont sortis des voix puissantes,
Des chanteurs congolais devenus des géants.
Il a formé, inspiré, guidé des talents,
Et son héritage s’est multiplié dans le temps.
Analengo ouvre la marche, souvenir des débuts,
Nzete ya Séquoia s’élève, hymne jamais perdu.
Maria Valencia, douce comme une rose,
Est-ce que questionne, la vie et ses pauses.
Saï Saï résonne, festif et vibrant,
Mi Amor murmure, tendre et émouvant.
Mokili Ngele rappelle que le monde est fragile,
Et No Comment s’impose, moderne et agile.
Puis vient le duo mythique, alliance de titans,
Wake Up avec Koffi, rugissement éclatant.
Mais un matin d’avril, Abidjan retient son souffle…
Il est 5h du matin, les projecteurs scintillent,
Papa Wemba monte sur scène,
Il chante, il danse, il offre encore sa voix.
Pendant vingt minutes, il fait vibrer la foule,
Chaque note est une flamme, chaque mot une caresse.
Puis soudain… le silence.
Il lâche le micro, son corps vacille,
Il s’effondre sur scène, au milieu des tambours.
Un cri traverse la nuit, un peuple retient ses larmes,
Les musiciens figés, les danseurs pétrifiés,
Le maître s’en va, dans l’éclat de sa musique.
Ce matin d’avril, la lumière s’est éteinte,
Mais son chant continue dans nos veines.
Papa Wemba, Jules Shungu, enfant de Lubefu,
Ton nom reste gravé, ton héritage ne s’éteint jamais.
Et dans chaque pleur, dans chaque chant,
On entend encore l’écho de Maman Nyondo,
La pleureuse qui t’a donné la musique des âmes,
Et toi, Papa Wemba, tu l’as transformée en éternité.
Et désormais, à Marcory, Anoumabo,
Une rue et une place portent ton nom.
La ville t’a inscrit dans sa mémoire,
La rumba t’a élevé dans son histoire.
Papa Wemba, maître, icône, éternel voyageur,
Tu vis encore, dans les pierres, dans les chants, dans nos cœurs.
